dimanche 29 juin 2014

Saints Pierre et Paul, apôtres

Saints Pierre et Paul, apôtres

29/06/14

La solennité des apôtres Pierre et Paul nous rappelle que l’Eglise du Christ est apostolique : elle est fondée sur la foi transmise par les apôtres ; elle est aussi missionnaire, c’est-à-dire envoyée pour annoncer la Bonne Nouvelle à tous les peuples. La fête de ce dimanche unit deux hommes très différents. Ce qu’ils ont en commun nous le connaissons bien : leur attachement pour le Christ, leur amour pour l’Evangile, leur fidélité à annoncer ce même Evangile malgré toutes les difficultés et les oppositions, leur témoignage suprême dans le martyre. Si la ville de Rome est le centre spirituel de l’Eglise catholique, le siège de l’évêque de Rome donc du pape, c’est bien parce que c’est à Rome que Pierre et Paul ont rendu le témoignage du martyre. Les deux colonnes de l’Eglise, Pierre et Paul, ont cependant un parcours de foi très différent. Pierre a connu le Christ de son vivant, et cela pendant des années, Paul ne l’a rencontré qu’après Pâques sur le chemin de Damas, d’une manière fulgurante et unique. Pierre était un simple marin pécheur, Paul un pharisien cultivé, citoyen romain. Pierre ne nous a laissé que deux lettres alors que Paul à travers ses nombreuses lettres peut être considéré comme le grand théologien du Nouveau Testament. Pierre fait partie du groupe des Douze, il en est même le chef, Paul fut agrégé au groupe apostolique bien plus tard. Pierre s’est principalement consacré à l’évangélisation des Juifs, Paul à celle des païens. On pourrait probablement trouver encore d’autres différences. Mais un même appel de Dieu a uni Pierre et Paul. Nous le constatons, Dieu, en appelant des hommes aussi différents à être ses apôtres, a voulu que son Eglise soit une et diverse. Si nous regardons les profils des derniers papes depuis Jean XXIII jusqu’au pape actuel en passant par Jean-Paul II et Benoît XVI nous ne pouvons qu’être saisis par la diversité de leur parcours de vie et de leur perception de l’Eglise. A travers cette diversité ils ont tous été les témoins d’une continuité, celle de la foi apostolique. La tâche des apôtres d’hier et d’aujourd’hui est essentiellement double : veiller à la communion dans l’Eglise et annoncer l’Evangile. Dès l’origine les chrétiens ont eu tendance à se diviser et à se quereller, tendance humaine inévitable qui est à l’origine des guerres. Seule la grâce du Christ peut nous guérir de ce mal. Paul rappelle aux chrétiens de Corinthe que ce ne sont pas les personnes des apôtres qui comptent mais bien Celui qu’ils servent malgré toutes leurs faiblesses : « Frères, je vous exhorte au nom de notre Seigneur Jésus Christ : ayez tous un même langage ; qu’il n’y ait pas de division entre vous, soyez en parfaite harmonie de pensées et d’opinions. Il m’a été rapporté à votre sujet, mes frères, par les gens de chez Chloé, qu’il y a entre vous des rivalités. Je m’explique. Chacun de vous prend parti en disant : « Moi, j’appartiens à Paul », ou bien : « Moi, j’appartiens à Apollos », ou bien : « Moi, j’appartiens à Pierre », ou bien : « Moi, j’appartiens au Christ ». Le Christ est-il donc divisé ? Est-ce Paul qui a été crucifié pour vous ? Est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés ? » Par contre lorsqu’il s’agit de défendre la vérité de l’Evangile Paul n’hésite pas à exprimer son désaccord avec Pierre. Ce dernier, influencé par certains chrétiens d’origine juive, prenait ses distances avec les païens convertis : « Mais quand Pierre est venu à Antioche, je me suis opposé à lui ouvertement, parce qu’il était dans son tort. En effet, avant l’arrivée de quelques personnes de l’entourage de Jacques, Pierre prenait ses repas avec les fidèles d’origine païenne. Mais après leur arrivée, il prit l’habitude de se retirer et de se tenir à l’écart, par crainte de ceux qui étaient d’origine juive. Tous les autres fidèles d’origine juive jouèrent la même comédie que lui, si bien que Barnabé lui-même se laissa entraîner dans ce jeu. Mais quand je vis que ceux-ci ne marchaient pas droit selon la vérité de l’Évangile, je dis à Pierre devant tout le monde : « Si toi qui es juif, tu vis à la manière des païens et non des Juifs, pourquoi obliges-tu les païens à suivre les coutumes juives ? » Nous le constatons les relations entre Pierre et Paul n’ont pas toujours été simples ni faciles. Mais tous les deux ont contribué, chacun selon son propre charisme, à édifier l’Eglise du Christ en ses commencements. C’est à Paul que je laisserai le soin de conclure :
 « Mais qui donc est Apollos ? Qui est Paul ? Des serviteurs par qui vous êtes devenus croyants, et qui ont agi selon les dons du Seigneur à chacun d’eux. Moi, j’ai planté, Apollos a arrosé ; mais c’est Dieu qui donnait la croissance. Donc celui qui plante n’est pas important, ni celui qui arrose ; seul importe celui qui donne la croissance : Dieu. Celui qui plante et celui qui arrose ne font qu’un, mais chacun recevra son propre salaire suivant la peine qu’il se sera donnée. Nous sommes des collaborateurs de Dieu, et vous êtes un champ que Dieu cultive, une maison que Dieu construit. Selon la grâce que Dieu m’a donnée, moi, comme un bon architecte, j’ai posé la pierre de fondation. Un autre construit dessus. Mais que chacun prenne garde à la façon dont il contribue à la construction. La pierre de fondation, personne ne peut en poser d’autre que celle qui s’y trouve : Jésus Christ. »


dimanche 22 juin 2014

LE SAINT SACREMENT

22/06/14

Jean 6, 51-58


Le sacrement de l’eucharistie tient une place particulière parmi les sept sacrements célébrés dans l’Eglise catholique. La fête de ce jour en est la preuve. Aucun autre sacrement n’est fêté dans la liturgie. La fête du Saint Sacrement nous renvoie bien sûr à une autre fête : celle de l’institution de l’eucharistie par Jésus le soir du Jeudi Saint. En choisissant le nom de « Saint Sacrement » pour parler du sacrement de l’eucharistie la tradition catholique a voulu mettre en valeur la place unique de ce sacrement. Non pas bien sûr que les autres sacrements ne soient pas saints ! Mais pour exprimer que la messe était le sacrement par excellence. Si parmi les sept sacrements la liturgie ne fête que celui de l’eucharistie c’est bien parce qu’il y a une différence essentielle entre la messe et les autres sacrements. Tous les sacrements nous communiquent un don de Dieu, une grâce pour reprendre le vocabulaire théologique. Tous les sacrements nous sanctifient et nous unissent à Dieu. Mais il n’y a qu’un sacrement qui nous donne Dieu lui-même en nourriture spirituelle lors d’un repas sacré. Le baptême et la confirmation nous donnent bien Dieu, ils font que nous sommes habités par la présence du Seigneur. Mais encore une fois seule l’eucharistie nous permet de nous nourrir de la personne de Jésus lui-même. Dans le Nouveau Testament comme dans le catéchisme de l’Eglise catholique nous trouvons beaucoup de mots différents pour rendre compte de ce mystère. Certaines expressions insistent sur le réalisme du don qui nous est fait, d’autres sont davantage spirituelles. Si nous comparons ce que dit Paul dans la deuxième lecture avec l’enseignement de Jésus dans l’Evangile cette différence devient claire. Ce n’est pas la même chose de parler de « pain », de « corps » ou encore de « chair », de « communion » ou bien de l’acte de « manger ». Pour bien célébrer l’eucharistie et nous disposer à recevoir le don que Jésus veut nous faire dans le sacrement nous devons donc nous en tenir à un réalisme spirituel. L’Evangile insiste sur l’aspect réaliste de la présence de Jésus dans le pain consacré alors que Paul met en avant la communion spirituelle. Ce sont deux aspects complémentaires du sacrement qu’il ne faut pas opposer entre eux. La première lecture nous donne peut-être le contexte dans lequel nous pouvons mieux comprendre le sacrement institué par Jésus : « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur ». L’eucharistie, dont la célébration rappelle le dernier repas de Jésus, est essentiellement une nourriture spirituelle dans ses deux parties principales : la liturgie de la Parole et la liturgie eucharistique qui aboutit à la communion. Le génie du Seigneur a consisté à mettre ensemble l’acte de manger (il a choisi le pain comme support du sacrement) et la communion avec lui. « Ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson ». Non pas que le pain ne soit pas une vraie nourriture. La signification de l’eucharistie s’appuie au contraire sur le pain comme nourriture du corps pour nous faire parvenir au corps de Jésus comme nourriture de l’âme. Mais Jésus le dit clairement : sa chair est la vraie nourriture en vue de la vie éternelle. De la même manière que notre vie humaine a besoin du pain de chaque jour, autrement nous nous affaiblissons et nous finissons par mourir, ainsi la vie de Dieu en nous reçue au baptême, la vie spirituelle, a besoin d’être nourrie et fortifiée par le corps du Christ. Dans l’Evangile Jésus nous donne une belle définition de la communion au cours de la messe : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi je demeure en lui ». Afin de bien recevoir la grâce de la communion nous devons avoir faim. Et c’est souvent ce désir spirituel qui peut nous manquer en particulier à cause de la routine : nous nous sommes habitués au sacrement et nous oublions par conséquent la grandeur du don que Jésus ressuscité nous fait chaque dimanche. Les paroles de Marie dans le Magnificat peuvent parfaitement s’appliquer au chrétien qui s’approche de Jésus dans la communion eucharistique : Dieu « comble de biens les affamés », mais il « renvoie les riches les mains vides ». Demandons donc à Dieu notre Père d’avoir en notre cœur ce désir de recevoir avec joie son Fils en communion. Que chaque communion que nous vivons soit unique ! De dimanche en dimanche c’est en effet une rencontre unique entre le Seigneur et chacun d’entre nous qui se renouvelle.

dimanche 15 juin 2014

LA SAINTE TRINITE

15/06/14

Jean 3, 16-18

Après la Pentecôte nous reprenons le cours du temps ordinaire jusqu’à la fin de l’année liturgique. Mais les deux dimanches qui suivent la Pentecôte sont consacrés à la Sainte Trinité et au Saint Sacrement. La fête de ce dimanche, la Sainte Trinité, a un statut particulier parmi toutes les fêtes de l’année liturgique. En effet la majorité de ces fêtes se réfère au mystère de l’incarnation : de Noël à la Pentecôte en passant par Pâques c’est le mystère de Jésus que nous contemplons. C’est la révélation du Fils de Dieu dans notre histoire humaine. Toutes ces fêtes liturgiques sont donc liées à notre histoire. Elles nous parlent toutes d’une manière ou d’une autre de l’Alliance que Dieu veut faire avec son peuple et avec chacune de ses créatures. La fête de la Sainte Trinité est différente car elle nous invite à contempler le mystère de Dieu en lui-même. Elle répond à la question théologique par excellence : Qui est Dieu ? Quelle est sa nature, son être le plus intime ? Bien sûr c’est par la révélation que Dieu fait de lui-même dans l’histoire, et principalement par Jésus, que nous pouvons répondre à ces questions. C’est en vivant de l’Alliance offerte par Dieu que des hommes ont pu apprendre à mieux le connaître. Mais il n’en reste pas moins vrai que la fête de ce dimanche nous transporte au cœur même du mystère de Dieu.

Dans l’Eglise il y a toujours eu en même temps qu’une théologie positive ce que l’on appelle une théologie négative. La théologie positive c’est celle qui affirme de Dieu quelque chose : comme, par exemple, lorsque nous disons que Dieu est bon, juste ou encore qu’il est amour. La théologie positive nous aide à pénétrer dans la connaissance de Dieu. Mais le risque est grand pour nous de penser que nous pouvons comprendre Dieu avec nos mots humains ou pire encore l’enfermer dans un Credo. La théologie négative a pour fonction de nous préserver de cette tentation en affirmant la transcendance divine. Au 9ème siècle le théologien Jean Scot Erigène affirmait : « Nous ne savons pas ce qu'est Dieu. Dieu lui-même ignore ce qu'il est parce qu'il n'est pas quelque chose. Littéralement Dieu n'est pas, parce qu'il transcende l'être. » Pour reprendre les exemples donnés plus haut la théologie négative dira que Dieu n’est pas bon comme nous pouvons l’être ou que Dieu n’est pas juste à la manière des hommes etc. Cette manière d’approcher le mystère divin est déjà présente dans la révélation biblique elle-même. De nombreux passages soulignent en effet la différence essentielle entre Dieu et ses créatures. Qu’il nous suffise de penser à cet oracle d’Isaïe que Jésus reprendra pour réprimander Pierre : « Mes pensées ne sont pas vos pensées, et mes chemins ne sont pas vos chemins, déclare le Seigneur. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus des vôtres, et mes pensées, au-dessus de vos pensées. » « Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » En disant du Dieu de la révélation biblique qu’il est Trinité nous affirmons en même temps son unité et les trois personnes divines du Père, du Fils et de l’Esprit. En Dieu la relation est une réalité essentielle. Le Dieu trinitaire n’est pas solitaire. Il est communion de personnes en relation permanente les unes avec les autres. Ces relations en Dieu sont toutes des relations d’amour. L’Esprit de Pentecôte est l’amour commun du Père et du Fils. Dieu est Amour, voilà l’une des rares définitions de Dieu que nous trouvons dans le Nouveau Testament. Et c’est bien de cette définition que toutes les autres dépendent. C’est parce que Dieu est amour en lui-même qu’il est aussi par rapport à nous « tendre et miséricordieux, lent à la colère ». C’est parce que Dieu est amour qu’il nous a donné son Fils unique, Jésus, non pas pour nous juger ou nous condamner mais bien pour nous sauver. La Trinité est un mystère de foi. Mais nous comprenons bien que c’est dans la mesure où nous vivons de la charité de Dieu que nous pourrons progresser dans la connaissance que nous avons de lui. Au baptême nous recevons les dons de la foi, de la charité et de l’espérance. C’est en pratiquant ces vertus, en leur permettant de se déployer à travers toute notre vie, que nous connaîtrons Dieu non pas à la manière des philosophes mais en chrétiens. C’est la raison pour laquelle le Seigneur Jésus a fait de l’amour du prochain le test véritable de notre amour pour Dieu.

dimanche 1 juin 2014

Septième dimanche de Pâques

Premier juin 2014

Jean 17, 1-11

La veille de sa mort Jésus prie son Père. C’est un passage de cette prière que nous venons d’entendre dans l’Evangile de ce dimanche. Comme tout homme qui sait que la mort est proche Jésus fait le bilan de sa mission en présence de son Père. Il a été en toutes choses un bon et fidèle serviteur de Dieu : « Moi, je t’ai glorifié sur la terre en accomplissant l’œuvre que tu m’avais donnée à faire. » Il a été sur la terre des hommes la Parole de Dieu : « Je leur ai donné les paroles que tu m’avais données ». Même si cette prière est faite avant Pâques elle annonce déjà la réalité du mystère de l’Ascension que nous avons fêté jeudi. L’Ascension c’est en effet la glorification par le Père de son Fils incarné. Dans sa prière Jésus nous révèle sa nature divine : « Et maintenant, glorifie-moi auprès de toi, Père, de la gloire que j’avais auprès de toi avant que le monde existe. » Avant la création du monde, c’est-à-dire depuis toute éternité, le Verbe de Dieu était glorifié. La gloire que Jésus reçoit au jour de l’Ascension concerne donc son humanité. C’est en raison du mystère de son incarnation qu’il est glorifié au terme de sa mission et qu’il reçoit du Père « autorité sur tout être vivant ». Avant même son Ascension à la droite du Père Jésus peut dire : « Désormais, je ne suis plus dans le monde ; eux, ils sont dans le monde, et moi, je viens vers toi. » Le Seigneur, à partir du moment où il décide librement de donner sa vie pour nous sur la croix, est en effet déjà glorifié. Dans sa prière il nous révèle aussi son union étroite et intime avec Dieu le Père : « Tout ce qui est à moi est à toi, et ce qui est à toi est à moi ». La gloire et l’autorité de Dieu sont donc la gloire et l’autorité de son Fils. Dans cette magnifique prière il y a un détail qui pourrait passer inaperçu si nous l’écoutons trop rapidement : « Je trouve ma gloire en eux ». Cette affirmation nous concerne de très près et devrait nous bouleverser. Nous l’avons vu Jésus, à la veille de sa mort, reçoit sa gloire du Père. Mais il nous dit aussi que c’est en chacun de nous, les chrétiens, les membres de son corps, qu’il trouve sa gloire ! Ce qui signifie qu’en tant que créatures nous pouvons contribuer à la gloire même de Dieu ! Cela donne à notre existence et à notre vocation une valeur infinie. Oui, chaque fois que nous sommes fidèles à l’enseignement et à l’exemple du Christ, il trouve en nous sa gloire. Saint Irénée de Lyon a traduit d’une belle manière cette vérité : "La gloire de Dieu, c'est l'homme vivant, et la vie de l'homme c'est de voir Dieu. » Tout l’Ancien Testament souligne la fragilité de notre condition humaine. En tant que créatures que sommes-nous en effet au regard de la longue histoire de la création et de l’immensité de l’univers ? L’image de l’herbe est souvent utilisée pour évoquer la finitude de l’homme : « L'homme ! Ses jours sont comme l'herbe ; comme la fleur des champs, il fleurit : dès que souffle le vent, il n'est plus, même la place où il était l'ignore. » Malgré notre fragilité c’est en nous que Jésus trouve sa gloire. Et dans le prophète Isaïe nous découvrons avec émerveillement que nous pouvons même réjouir le cœur de notre Dieu, lui qui est la béatitude en son être intime !

« Comme un jeune homme épouse une vierge, ton Bâtisseur t’épousera. Comme la jeune mariée fait la joie de son mari, tu seras la joie de ton Dieu. »

jeudi 29 mai 2014

ASCENSION DU SEIGNEUR

29 mai 2014

Matthieu 28, 16-20


A la fin du temps pascal la fête de l’Ascension marque une nouvelle étape dans la révélation du mystère du Christ. Cette fête est en quelque sorte la transition entre la résurrection du Seigneur et le don de l’Esprit au jour de la Pentecôte, il s’agit donc d’un passage. Avec l’Ascension le Seigneur Jésus inaugure une relation nouvelle avec son Eglise et avec ses disciples. Mais les images sont trompeuses. Surtout lorsque les peintres ont voulu représenter ce mystère en s’appuyant sur la formulation du Credo : « Il monta au ciel ». Nous savons bien que l’image du ciel ne correspond pas à un lieu physique situé au-dessus de nos têtes. Lorsque nous disons « Notre Père qui est aux cieux » nous affirmons en fait la transcendance de Dieu, le fait que cet être unique, nommé Dieu, est radicalement différent, autre, par rapport aux êtres que nous connaissons sur cette terre et qui sont ses créatures. C’est bien parce que le ciel physique est au-dessus de nos têtes, immensément grand et beau, qu’il a été choisi pour désigner la différence divine. Dans ce sens-là le ciel c’est ce qui est propre à Dieu et à lui seul. Le ciel c’est la vie même de Dieu, sa gloire, sa béatitude. En disant cela nous n’enlevons rien à la difficulté de la formule choisie par la tradition pour exprimer la signification de l’Ascension : « Il monta au ciel ». En tant que Fils unique de Dieu, égal au Père, Jésus a toujours vécu dans le ciel sur cette terre. Le ciel, il le portait en lui de sa naissance à Bethléem jusqu’à sa mise au tombeau. Même si en raison de son humanité véritable il a pu éprouver à certains moments de sa Passion un déchirement intérieur, comme une absence de « ciel » : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Lorsque nous affirmons que Jésus ressuscité monte au ciel nous ne parlons donc pas d’un changement qui affecterait le Seigneur. Avec l’Ascension ce qui change c’est uniquement notre manière d’entrer en relation avec lui. Le changement est de notre côté. De son côté on peut dire que c’est seulement le mode de sa présence à notre humanité qui change. De personne visible qu’il était, il devient invisible à nos yeux de chair : « Ils le virent d’élever et disparaître à leurs yeux dans une nuée ». Avec la Pentecôte la fête de ce jour marque le commencement de l’Eglise en tant que communauté de croyants. Jésus ne nous abandonne pas, il ne nous quitte pas. Mais il nous donne dans l’Esprit Saint sa présence d’une manière nouvelle. Saint Pierre exprime bien ce qu’est la vie des disciples à partir de l’Ascension : « Lui, Jésus, vous l’aimez sans l’avoir vu ; en lui, sans le voir encore, vous mettez votre foi, vous exultez d’une joie inexprimable et remplie de gloire, car vous allez obtenir le salut des âmes qui est l’aboutissement de votre foi. » Le Credo ajoute à l’image de la montée au ciel une autre image : « Il est assis à la droite du Père ». L’Ascension correspond au couronnement du Christ comme roi de l’univers, partageant le pouvoir et l’autorité même de Dieu : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre ». C’est bien sûr en raison du mystère de son incarnation que le Fils de Dieu reçoit ce pouvoir en s’asseyant à la droite de son Père. C’est son humanité, donc notre nature humaine, qui est glorifiée et couronnée. Il est le premier ressuscité, il est le chef d’une création nouvelle. C’est cela que saint Paul exprime dans la deuxième lecture : « Dieu l’a établi au-dessus de tout être céleste… Il lui a tout soumis et, le plaçant plus haut que tout, il a fait de lui la tête de l’Église qui est son corps, et l’Église, c’est l’accomplissement total du Christ, lui que Dieu comble totalement de sa plénitude. » Au jour de l’Ascension le Christ ouvre pour tout homme le chemin d’une vie de communion avec Dieu. Tout ce qu’il a vécu dans son humanité c’est pour nous, pour que nous puissions devenir ce qu’il est : Fils de Dieu. C’est par notre foi en lui que nous aussi nous pouvons déjà vivre du ciel sur cette terre. Non pas en restant là à regarder vers le ciel, mais en faisant l’expérience que celui qui est monté au ciel est avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde.

samedi 17 mai 2014

Cinquième dimanche de Pâques

18/05/14

Jean 14, 1-12

Entre la dernière Cène et l’agonie à Gethsémani saint Jean nous rapporte un long discours de Jésus à ses disciples. Il s’agit en fait de confidences intimes que le Seigneur fait à ses proches avant de les quitter. Ces paroles constituent le testament du Seigneur. On peut dire que ces chapitres de l’évangile selon saint Jean sont un sommet de la révélation chrétienne. La plus haute théologie s’y mêle en effet avec l’humanité véritable de Jésus. Le Maître sait que son départ de ce monde, en passant par la mort de la croix, va constituer un traumatisme pour ses amis. Lui qui est doux et humble de cœur veut donc les préparer et les consoler : « Ne soyez donc pas bouleversés ». C’est dans ce contexte que nous devons recevoir les paroles de l’évangile de ce dimanche. Jésus désire orienter ses disciples vers deux réalités : l’avenir, ce qui suivra sa mort, et la foi en lui. Cet évangile situé avant Pâques a bien toute sa place dans le temps de Pâques. Il nous parle en effet de la vie éternelle, conséquence de la victoire du Christ sur la mort par sa résurrection d’entre les morts : « Dans la maison de mon Père beaucoup peuvent trouver leur demeure… Je pars vous préparez une place… Là où je suis vous y serez aussi ». Avant même de vivre le mystère de Pâques dans son âme et dans sa chair le Seigneur se révèle comme celui qui est la Vie. Suivre le chemin qu’il est, c’est entrer déjà dans la vie éternelle. Dans notre foi chrétienne la vie éternelle, la vie de communion avec Dieu notre Père, n’est pas seulement une réalité lointaine que nous ne connaitrons qu’après le passage de notre mort. Non, la vie éternelle est déjà commencée dès maintenant grâce au baptême et à la foi. Le sacrement de baptême greffe sur la fragilité de notre vie humaine marquée par le péché et le scandale du mal la vie de Jésus elle-même. Mais nous sommes incapables de le reconnaître et de le vivre si nous ne mettons pas notre foi en celui qui se présente à nous comme la Vérité : « Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi ». La réalité de la communion avec Dieu et de sa présence dans nos vies est cachée et secrète, elle est même fragile car elle est remise entre nos mains, à notre liberté. Nous pouvons croire ou ne pas croire. La vie du Christ et sa victoire pascale triomphent en chacun d’entre nous chaque fois que nous faisons un acte de foi et qu’à la suite de Pierre nous lui disons de tout notre cœur : Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant. Jésus n’a jamais directement dit : Je suis Dieu. Mais dans notre page d’évangile il va très loin pour faire comprendre à ses amis le lien intime et unique qui l’unit à celui qu’il nomme son Père : « Celui qui m’a vu a vu le Père… Je suis dans le Père et le Père est en moi ». Saint Paul affirme dans sa lettre aux Colossiens que Jésus est l’image du Dieu invisible. C’est ce mystère inouïe qu’avant de mourir Jésus veut révéler à ses amis : En lui habite, demeure le Dieu invisible. Ecouter le Christ, c’est donc écouter Dieu lui-même. Voir le Christ agir, c’est être témoin de l’action du Père. C’est la raison pour laquelle cet homme, nommé Jésus de Nazareth, peut exiger de ses disciples l’acte de foi, réservé à Dieu seul. Aucun grand prophète de l’Ancien Testament n’aurait osé dire : « Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi ». C’est parce que Jésus s’est clairement révélé comme l’égal du Père que les autorités religieuses l’ont condamné au supplice de la croix. Dans leur ignorance elles n’ont vu en lui qu’un blasphémateur. L’évangile de cette liturgie nous renvoie à la première conclusion de l’évangile selon saint Jean au chapitre 20, conclusion qui est une parfaite synthèse du testament du Seigneur tel que nous venons de le méditer ensemble :


Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas écrits dans ce livre. Mais ceux-là ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom.

dimanche 4 mai 2014

Troisième dimanche de Pâques



4/05/14

Luc 24, 13-35

Parmi les évangélistes saint Luc est le seul à nous rapporter de manière détaillée la manifestation du Ressuscité aux deux disciples d’Emmaüs. Marc y fait allusion. Cette manifestation a quelque chose d’unique. Tous les récits d’après Pâques nous montrent en effet des apparitions de Jésus à des personnes connues et ayant joué un certain rôle tout au long de sa vie publique : on pense bien sûr au groupe des apôtres mais aussi à Marie-Madeleine. Ici ce sont deux inconnus, pourrait-on dire. De simples disciples dont l’un d’entre eux est même anonyme. En ce sens les disciples d’Emmaüs sont beaucoup plus proches de nous que les apôtres ou les saintes femmes. Ils nous ressemblent ou nous leur ressemblons car nous sommes de simples chrétiens. Et le disciple sans nom pourrait bien être chacun d’entre nous. Un autre détail va dans ce sens. Dans la plupart des manifestations aux apôtres ou à Marie-Madeleine le Ressuscité, avant de les quitter, leur confie une mission. Rien de tel dans l’évangile d’Emmaüs.
Beaucoup d’interprètes ont remarqué avec justesse que saint Luc avait donné une forme eucharistique à cette manifestation de Jésus. Nous y retrouvons en effet les deux grandes parties du sacrement de l’eucharistie : la liturgie de la Parole, c’est le moment où Jésus les rejoint sur la route et fait même pour eux l’homélie, et la liturgie eucharistique, c’est le moment où dans la maison Jésus rompt le pain.

De cet évangile riche de significations je voudrais retenir un aspect : l’évolution spirituelle de ces deux hommes au contact de Jésus ressuscité. En les entendant parler on pourrait se demander s’ils n’étaient pas membres du parti des zélotes : « Et nous qui espérions qu’il serait le libérateur d’Israël ! » Ces hommes sont déçus par la fin de l’histoire de Jésus de Nazareth. Sa mort en croix est un immense échec. Ils avaient mis en lui une espérance davantage politique et nationaliste que religieuse : il devait libérer le peuple juif du joug de l’occupation romaine, et voilà que c’est précisément un romain qui, sur la demande des autorités religieuses, le condamne à la mort sur la croix. Le jour même de l’Ascension saint Luc note que les sentiments des apôtres étaient, eux aussi, bien peu spirituels : « Seigneur, est-ce donc maintenant que tu vas rétablir le royaume d’Israël ? » Face à cette déception Jésus rappelle ce qui constitue le centre de sa vie et de son mystère : Pâques, sa mort et sa résurrection. « Ne fallait-il pas que le Messie souffrît tout cela pour entrer dans sa gloire ? » A l’approche du village voilà que les deux hommes se sont attachés à la compagnie de cet inconnu qui leur a si bien expliqué le sens des événements qu’ils viennent de vivre : « Reste avec nous ». Le Seigneur choisit alors de se révéler à eux de manière indirecte, à travers le signe du pain rompu. Mais au moment même où ils comprennent que cet inconnu c’est Jésus « il disparut à leurs regards ». La traduction de Chouraqui propose : « Il devient invisible et leur échappe ». Le récit d’Emmaüs nous rappelle ainsi que la communion avec Dieu n’exclut jamais sa transcendance. Tout d’abord l’espérance déçue des disciples nous montre la vérité de l’oracle d’Isaïe : « Mes pensées ne sont pas vos pensées, et mes chemins ne sont pas vos chemins, déclare le Seigneur. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus des vôtres, et mes pensées, au-dessus de vos pensées. » Jésus vient marcher avec ses disciples, il les écoute, mais il rectifie aussi ce qu’il y avait de trop humain dans leur espérance. C’est à nous de nous adapter à la pensée de Dieu. Cela fait partie de notre conversion. Ensuite la présence du Ressuscité n’est pas une réalité que l’on pourrait garder pour nous. Au moment même où il se donne à nous et se révèle il nous échappe car il est le Fils de Dieu. Notre relation avec lui ne peut se vivre que par la médiation de la foi, de l’Eglise et des sacrements. C’est à cela que sont renvoyés les disciples à la fin du récit. C’est aussi l’expérience que Marie-Madeleine avait faite dans le jardin du tombeau. Le Ressuscité lui dit : « Ne me touche pas ! » ou encore « Ne me retiens pas ! » selon une autre traduction. Par sa résurrection le corps de Jésus est devenu un corps glorieux. L’amour que nous avons pour le Christ ne saurait être un amour possessif. Comme tout amour véritable il laisse au bien-aimé la liberté de l’initiative, la liberté de la communion et de la distance. Dieu respecte toujours notre liberté, nous devons aussi respecter sa transcendance et ne pas le considérer comme un bien qui serait en notre pouvoir et à notre disposition. Sur la route menant à Emmaüs les disciples ont compris que la vie de foi comprenait toujours la présence et l’absence de Dieu, la proximité et la distance.